Bienvenue sur le site des Experts du patrimoine

Site de référence d’information juridique pour tout ce qui concerne les problématiques patrimoniales Notaires, professionnels de l’immobilier, de la gestion de patrimoine, de la banque, des finances et de l’assurance vous disent tout !

Nouveau !

Devenez auteur !

Retrouvez aussi l’actualité des legs et donations / rubrique associations

+ management des offices
L'acte notarié à l'ère de la blockchain : un enjeu de codification pour la sécurité juridique

L’acte notarié à l’ère de la blockchain : un enjeu de codification pour la sécurité juridique

Le notariat face à la transformation numérique

La transformation numérique du droit ne cesse de s’accélérer, et le notariat n’échappe pas à cette dynamique. Après l’introduction de la signature électronique qualifiée, de la visioconférence réglementée et du Minutier central électronique des notaires de France (MICEN), la technologie blockchain apparaît aujourd’hui comme une étape supplémentaire vers la dématérialisation sécurisée de l’acte notarié. Pourtant, cette innovation, bien que porteuse de potentialités évidentes, reste juridiquement en marge du droit positif français. Il est temps de réfléchir à l’intégration de cette technologie dans le Code notarial afin d’en encadrer l’usage, d’en garantir la fiabilité, et surtout, de préserver le rôle essentiel du notaire dans la chaîne de sécurité juridique.

I. L’acte notarié blockchain : définition et état des lieux

L’acte notarié inscrit sur une blockchain désigne un acte reçu par un notaire habilité, établi sous forme numérique, puis inscrit dans une chaîne de blocs certifiée. L’objectif est clair : garantir l’authenticité, l’intégrité, la date certaine et la traçabilité de l’acte. Il ne s’agit nullement d’un acte généré par une intelligence artificielle ou par la blockchain elle-même, mais bien d’un acte notarié traditionnel auquel on ajoute une couche technologique, agissant comme un support sécurisé de preuve et de conservation.

En l’état actuel du droit français, aucune législation ne reconnaît l’acte notarié blockchain comme acte authentique autonome. Conformément à l’article 1369 du Code civil, le statut d’acte authentique est réservé aux actes reçus par un officier public, comportant la vérification du consentement des parties, la signature électronique qualifiée du notaire, et l’enregistrement via le MICEN. La blockchain, à ce jour, ne se substitue ni à l’intervention de l’officier public, ni au régime d’authentification en vigueur. Elle demeure un outil à valeur probatoire complémentaire, encore sans fondement législatif explicite.

II. Les apports concrets de la blockchain à la pratique notariale

Malgré cette absence d’encadrement normatif, la blockchain offre des avantages concrets et déjà mesurables dans la pratique :

  • sécurisation de la preuve : en hachant un document ou un consentement dans une blockchain publique ou privée, on garantit son existence à une date donnée ;
  • traçabilité et transparence : les inscriptions sont immuables, vérifiables, et renforcent la confiance dans les opérations ;
  • archivage décentralisé : en complément du MICEN, la blockchain permet une redondance des données, utile en cas de sinistre ou de cyberattaque ;
  • renforcement de la valeur probatoire des actes sous seing privé : promesses de vente, contrats d’associés, testaments olographes peuvent ainsi être enregistrés avec plus de force juridique ;
  • applications élargies en droit des sociétés et droit immobilier : pour le suivi de titres, les transferts de propriété, la certification de documents ou l’enregistrement d’échanges numériques.

La blockchain ne remplace pas le notaire, elle le renforce. Elle outille la fonction d’authentification sans en modifier l’essence.

III. Pourquoi intégrer la blockchain dans le droit français ?

L’absence actuelle d’encadrement juridique constitue un frein à l’exploitation optimale de la blockchain dans le notariat. Elle laisse place à l’incertitude, à l’interprétation variable, voire à des usages incontrôlés. Intégrer la blockchain dans le Code notarial, c’est :

  • garantir la sécurité juridique des actes innovants ;
  • préserver l’autorité de l’acte authentique face à la multiplication des solutions numériques ;
  • offrir un cadre normatif clair aux notaires, aux clients et aux tiers ;
  • positionner la France à l’avant-garde du notariat numérique en Europe.

IV. Propositions d’encadrement juridique : vers un chapitre dédié dans le Code notarial
L’élaboration d’un corpus normatif spécifique consacré à la blockchain notariale s’impose. Voici une proposition de structure articulée autour de cinq articles fondamentaux :

Article 1 — Définition

L’acte notarié blockchain désigne un acte reçu par un notaire habilité, établi sous forme numérique, puis inscrit dans une chaîne de blocs certifiée. Cette technologie permet d’en garantir l’authenticité, l’intégrité, la date certaine et la traçabilité. Bien qu’il ne remplace pas l’acte authentique classique au sens du Code civil, il peut constituer un support complémentaire ou probatoire, sous réserve du respect des conditions légales et déontologiques.

Article 2 — Conditions de validité

Pour être valable, l’acte notarié blockchain doit :

  • être établi conformément aux règles de l’acte authentique prévues par le Code civil ;
  • être signé par le notaire au moyen d’une signature électronique qualifiée ;
  • être inscrit dans une blockchain agréée ou validée par le Conseil supérieur du notariat ;
  • mentionner l’identification des parties ainsi que l’expression claire et non équivoque de leur consentement.

Article 3 — Valeur probatoire

L’inscription d’un acte notarié dans une blockchain reconnue confère à cet acte une valeur probatoire renforcée, notamment en matière de date certaine, d’intégrité du contenu et de non-altération.

Article 4 — Conservation et archivage

Les actes notariés établis par blockchain peuvent être conservés, en parallèle du Minutier central électronique des notaires de France (MICEN), dans une blockchain sécurisée, sous la responsabilité du notaire instrumentaire. Les conditions techniques, juridiques et de sécurité de cette conservation sont définies par le Conseil supérieur du notariat.

Article 5 — Blockchain notariale certifiée

Une ou plusieurs blockchains notariales peuvent être créées ou agréées par les instances représentatives de la profession notariale, en concertation avec les autorités de régulation compétentes, afin de garantir un haut niveau de sécurité, de confidentialité et de conformité aux exigences déontologiques de la profession.

Conclusion : Pour une codification notariale à la hauteur des enjeux numériques
L’élargissement de la pratique notariale à de nouveaux supports technologiques appelle une codification claire, structurée et sécurisée. Le futur Code notarial devra non seulement clarifier les définitions, préciser les conditions de validité et organiser les modalités de conservation des actes électroniques, mais également encadrer les usages innovants – tels que la blockchain – afin d’assurer la continuité de la sécurité juridique dans un environnement numérique en constante évolution.

Intégrer la blockchain dans le droit français, ce n’est pas rompre avec la tradition notariale, c’est lui donner les moyens de continuer à protéger efficacement les droits des citoyens dans le monde de demain.

  • L'acte notarié à l'ère de la blockchain : un enjeu de codification pour la sécurité juridique

A lire aussi dans la même rubrique :

Modifications apportées par le décret du 30 juin 2025 à certaines dispositions du régime de la CRPCEN relatives aux cotisations et prestations

Rappels sur le régime spécial de la CRPCEN Fondé en 1937, la CRPCEN était jusqu’en 2023 un régime de protection sociale unifié et dédié aux salariés des études notariales. Depuis la réforme des retraites de 2023 actant la suppression des (…)

Lire la suite ...

Le rôle du notaire en copropriété

Au sommaire de cet article... I. Tout d’abord, c’est quoi un notaire ? II. Ensuite, c’est quoi un notaire en copropriété ? III. Enfin, c’est quoi la responsabilité du notaire en copropriété ? « Notaire : arrive souvent au dernier (…)

Lire la suite ...

[ENTRETIEN] Un notariat moderne, accessible et fidèle à ses valeurs : la vision de maître Catherine Grandidier-Majercsik pour l’Alsace-Moselle

Madame la Présidente, vous venez d’être élue, le 27 juin 2025, à la tête de la Conseil interrégional des notaires d’Alsace-Moselle pour un mandat de deux ans. Notaire associée à Thionville, vous êtes engagée de longue date en faveur d’un notariat (…)

Lire la suite ...

Décret n°2025-538 du 13 juin 2025 : clarification et harmonisation des actes notariés électroniques

Actes notariés dématérialisés : de quoi parle-t-on ? Le décret n° 2025-538 du 13 juin 2025, publié au Journal officiel le 15 juin 2025, clarifie plusieurs dispositions relatives aux actes établis par les notaires sur support électronique, (…)

Lire la suite ...