Journal du Village des Notaires : Quel est l’historique de la société Fortier Notaires ?
Frédéric Fortier : L’étude a été créée en 2009 dans le 19e arrondissement de Paris. Le développement a été rapide et pérenne en raison d’un vrai besoin local. En 2022, une seconde a ouvert dans le 2e arrondissement à la suite de mon association avec Me Camille Poujol, ancienne notaire salariée de mon étude. Une vingtaine de personnes travaillent actuellement dans notre société multi-offices. Nous traitons des dossiers généralistes et des dossiers plus spécifiques en matière de divorce, de gestion de patrimoine, d’immobilier institutionnel ou d’accompagnement du chef d’entreprise.
JVN : Quelles sont vos valeurs fortes ?
F.F. : Elles sont au nombre de trois et constituent l’ADN de notre société, à savoir :
La réactivité afin de répondre efficacement à nos clients, demander les pièces nécessaires… ce qui au fil des ans, il faut le reconnaître, a dû se transformer en proactivité !
L’accessibilité, étant très attaché à être simple et concret pour le client ou le prospect et ce, dans toute démarche notariale.
La modernité, à l’écoute des avancées technologiques et nouveaux acteurs pour offrir le meilleur service possible.
JVN : Un notaire est avant tout un entrepreneur. Qu’en pensez-vous ?
F.F. : J’ai à cœur de rappeler qu’un notaire libéral est un entrepreneur du droit. J’ai souvent le sentiment amer de ne pas être considéré comme tel dans la mesure où ma profession intervient dans des domaines réservés. On pourrait dès lors juger qu’il est facile de l’exercer. Force est pourtant de constater que nous sommes de plus en plus amenés à développer une entreprise notariale pour évoluer vers une profession moderne, avec des attentes importantes de ses clients. Sur le réseau professionnel LinkedIn, je tâche par exemple de démontrer que nous sommes avant tout des entrepreneurs du droit, appelés à prendre des décisions et des risques pour développer nos offices.
JVN : La profession est en outre en pleine mutation.
F.F. : Pour moi, il y a deux facteurs. Le premier est lié à la démultiplication des études notariales depuis quelques années. Nous sommes beaucoup plus nombreux à partager un même « gâteau », c’est mathématique. Dès lors, le niveau est tiré vers le haut pour exister et faire du bon travail. Tout cela participe de la mutation de notre profession. Le second facteur, c’est bien entendu l’émergence de l’IA qui révolutionnera nos méthodes de travail. Elle facilitera l’accomplissement de nos tâches répétitives et nous pourrons mieux nous concentrer sur le conseil aux clients.
JVN : Quel est votre point de vue sur l’interprofessionnalité ?
F.F. : On peut la considérer de deux manières. Il y a l’interprofessionnalité capitalistique qui regroupe les métiers du droit et du chiffre. Or, il est assez compliqué de s’associer, de n’avoir que les mêmes interlocuteurs et de ne pas pouvoir faire, indirectement, appel à d’autres partenaires. Il y a ensuite l’interprofessionnalité « de fait », laquelle repose sur le bouche-à-oreille, la recommandation ou le travail en commun avec les différents professionnels qui entourent nos clients respectifs. C’est plutôt celle que je privilégie actuellement.
JVN : En avril dernier, Fortier Associés est entré au capital d’une étude à Issy-les-Moulineaux. Qu’est-ce qui a motivé votre prise de participation ?
F.F. : À l’été 2024, j’ai appris le placement en redressement judiciaire de cette étude via la Chambre des notaires de Paris. Je me suis intéressé à la procédure et j’ai contacté la consœur concernée. Le courant est bien passé. J’ai vu qu’il y avait des opportunités pour l’aider et je lui apporte mon expérience d’entrepreneur dans le notariat pour redresser son étude. Le juge a validé notre plan de continuation de l’activité et nous sommes aujourd’hui sur la bonne voie.
JVN : L’inclusion professionnelle est un engagement fort de votre étude. Comment l’exprimez-vous ?
F.F. : De par mon expérience de père d’un enfant de 6 ans porteur de trisomie 21, j’ai tenu à engager un jeune collaborateur avec cette même particularité. Maxence a été embauché chez nous il y a bientôt 5 ans et il est toujours là. Je suis pro-inclusion et tout se passe très bien, avec quelques réglages au quotidien, comme pour tout collaborateur !
Vous pourrez également retrouver cet interview en page 5 du Journal du Village des Notaires n°108.
Propos recueillis par Alain Baudin