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[ENTRETIEN] Jean-Marie Montazeaud : « Mon ambition : créer une identité commune et développer les synergies pour mettre la chambre interdépartementale des notaires de l'ouest parisien au service des citoyens sur l'ensemble de notre territoire »

[ENTRETIEN] Jean-Marie Montazeaud : « Mon ambition : créer une identité commune et développer les synergies pour mettre la chambre interdépartementale des notaires de l’ouest parisien au service des citoyens sur l’ensemble de notre territoire »

Maître Jean-Marie Montazeaud vient d’être élu à la tête de la CINOP qui regroupe les mille notaires des anciennes chambres notariales départementales d’Eure-et-Loir, des Hauts-de-Seine, du Val d’Oise et des Yvelines. Une lourde tâche l’attend cet été puisque la chambre devrait être pleinement opérationnelle en septembre prochain. Il a aussi évoqué avec la rédaction son engagement citoyen et sa vision de l’intelligence artificielle.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Depuis le 11 janvier 1995, j’exerce en tant que notaire à Bourg-la-Reine, dans les Hauts-de-Seine. J’ai commencé ma carrière comme clerc dans une Étude parisienne et, après avoir obtenu mon diplôme de notaire, j’ai eu l’opportunité de devenir associé de l’office dans lequel je suis toujours aujourd’hui.

J’ai rapidement assumé des rôles de responsabilité dans les instances professionnelles, devenant successivement membre, vice-président et président de la chambre des notaires des Hauts-de-Seine.

En 2004, j’ai également été rapporteur de la première commission du 100è congrès « Code Civil, les défis d’un nouveau siècle ». Le titre retenu faisait bien entendu écho au bicentenaire de notre Code civil.

Par la suite, j’ai été appelé pour occuper une fonction à l’échelle nationale, en qualité de membre de la Commission internationale du Conseil supérieur du notariat.

Enfin, je suis devenu président du Conseil régional des notaires de la Cour d’appel de Versailles.

Vous avez-été élu président de la CINOP le 26 mai 2025. Quels sont vos objectifs à la tête de la nouvelle chambre interdépartementale ?

Effectivement, le décret du 26 mai 2025 a créé la CINOP dans le ressort de la Cour d’appel de Versailles. J’ai été élu par les mille confrères des quatre chambres départementales d’Eure-et-Loir, des Hauts-de-Seine, du Val d’Oise et des Yvelines.

La Cour d’appel de Versailles est la deuxième Cour d’appel de France. Elle regroupe quatre départements qui sont géographiquement, économiquement et sociologiquement très différents. En fusionnant les quatre instances notariales en une seule, la voix des notaires de la CINOP sera démultipliée.

Au niveau national, sous l’impulsion de l’État, de la Chancellerie et du CSN, il a été demandé à toutes les instances notariales de se regrouper progressivement. Pour le CSN, pour d’évidentes raisons d’organisation et de temps, il est en effet plus simple d’avoir moins d’interlocuteurs locaux.

De cette contrainte administrative, nous allons évidemment en ressortir renforcés puisque ce mouvement général de regroupement va nous inciter à travailler différemment.

Ma mission, puisque je pars d’une feuille blanche, est d’établir une union harmonieuse entre les confrères, les territoires et les compétences. Je suis en effet personnellement très attaché à la dimension territoriale de la mission du notaire.

Je vais dès à présent me consacrer à cette tâche ambitieuse. Mon objectif est de créer des synergies entre les notaires de la Cour d’Appel afin que la réforme puisse être mise en œuvre efficacement en faveur des citoyens de nos territoires.

Vous parlez d’impulsion, de synergie, de volonté commune. Comment fait-on travailler les notaires de Magny-en Vexin, de Chartres, de Sceaux, de Versailles sur une vision commune ?

Vous avez parfaitement saisi que ma tâche consistera à créer cette identité commune, l’identité de la CINOP.

Nous avons récemment organisé notre première assemblée générale en réunissant au même endroit mille notaires. Lors du déroulé de l’assemblée, j’ai déjà senti l’envie et la volonté de travailler ensemble.

Dans la foulée, nous avons voté notre premier budget. Un budget, comme vous le savez, c’est le nerf de la guerre.

Nous nous réunissons actuellement pour examiner, structurer et croiser les compétences des collaborateurs des anciennes instances.

Nous allons procéder de la même manière avec nos confrères. Des commissions de compétences ont déjà été mises en place, certaines remontant aux précédentes chambres, et nous prévoyons d’en instaurer d’autres. Effectivement, certains territoires possèdent des spécificités et des savoir-faire qui ne sont pas nécessairement présents dans d’autres. Mon souhait est que les notaires de la CINOP se nourrissent mutuellement de leurs pratiques professionnelles.

Chaque département a un vice-président qui agira en tant que représentant local de la CINOP. Chaque vice-président assumera également un rôle régalien, qui inclura entre autres la déontologie, la formation, le numérique, le RSE et les questions disciplinaires.

Le décret du 27 mars 2025 portant création de la CINOP fixait des objectifs de « rationalisation de l’activité et d’économies d’échelle ». Quels sont-ils ?

Effectivement, c’est l’un des buts du rassemblement des instances départementales. Actuellement, nous n’avons pas déterminé de manière précise ces économies à court terme. Pour notre premier budget, nous avons opté pour la reconduction des budgets de l’an passé.

Actuellement, nous concentrons nos efforts sur la consolidation de nos capacités et la formation de nos équipes afin que la nouvelle entité soit entièrement opérationnelle à partir de septembre. Parallèlement, mon but est de faire rayonner la CINOP dans les plus brefs délais. Par conséquent, je vais concentrer mes efforts sur la communication en direction de toutes les parties prenantes de de la Cour d’appel.

Par la suite, nous organiserons de nombreuses conférences dans nos territoires, axées sur des sujets qui touchent directement la vie des citoyens.

Pouvez-vous dresser un rapide état des lieux du marché immobilier dans les quatre départements de la chambre ?

Nous avons observé une augmentation de 17 % des volumes de ventes dans l’immobilier ancien lors du premier trimestre 2025, en anticipation de la hausse des droits de mutation. En effet, la loi de finances de 2025 a donné le feu vert aux départements pour relever les droits de mutation de 0,5 point.

Ainsi, le marché de l’ancien a retrouvé un peu de vigueur. En revanche, le marché du neuf reste toujours en grande difficulté.

Le neuf est pénalisé par le calendrier électoral. En effet, les élections municipales vont se tenir en 2026 et ces élections ne sont traditionnellement pas très favorables au lancement de nouveaux projets de construction. Ensuite, nous aurons la présidentielle en 2027...

Après le COVID, nous avions constaté une vague de départs assez importante de Paris et de la première couronne vers le Calvados et l’Eure. Souvenez-vous qu’à l’époque, beaucoup de gens aspiraient à avoir de la verdure et une résidence à la campagne. Actuellement, cette tendance à l’exode vers les zones rurales s’est atténuée, voire inversée.

Qu’attendez-vous du Congrès de Montpellier ? Le droit de la famille doit-il évoluer ?

Effectivement, Jean Gasté utilise souvent le terme « tribu familiale ». Pourquoi utiliser le terme « tribu » ? Je crois qu’il fait surtout allusion à l’irruption massive des familles recomposées dans le champ social. En fin de compte, les évolutions de la société créent de nouvelles formes familiales et le notariat doit évidemment accompagner ces évolutions. Personnellement, je n’aurais peut-être pas utilisé ce terme de « tribu » pour caractériser ces nouvelles formes familiales.

La mission principale du notaire reste la gestion de la relation avec les clients et les familles. Il est en outre impératif pour le notaire d’être à l’écoute de tous les citoyens, qu’ils soient modestes ou fortunés. J’accueille les familles depuis trente ans dans mon office. J’ai reçu les parents, à présent je reçois leurs petits-enfants.

Nos clients prêtent une grande attention à nos recommandations et parfois, ils font appel à nous, non pas nécessairement pour rédiger un acte, mais pour obtenir des renseignements concernant une future structure familiale ou pour atteindre des buts spécifiques liés à leur famille et au patrimoine.

Votre engagement s’étend au-delà des instances du notariat. Quel sens donnez-vous à ce rôle de citoyen « engagé au cœur de la cité » ?

Effectivement, j’ai un parcours un peu atypique. En 1995, lorsque j’ai été nommé notaire, j’étais le plus jeune notaire d’Île-de-France. Puis très rapidement, j’ai pris des directions qui n’avaient rien à voir avec le notariat.

Je suis devenu auditeur de l’IHEDN, l’institut des Hautes études de Défense nationale.

Puis, dans la foulée, je suis devenu auditeur au sein de l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ) sur des problématiques de sécurité.

Ensuite, j’ai planché sur des sujets de macroéconomie au ministère des Finances. J’ai travaillé avec des profils venant d’horizons professionnels très différents. Ces échanges m’ont beaucoup apporté.

Il y a deux ans, j’ai suivi un parcours au sein de l’Institut des hautes études des métropoles (IHEDM), pour faire un audit global des pratiques budgétaires de ces collectivités.

Ces sujets budgétaires m’intéressent beaucoup et vont m’être d’une grande utilité pour le pilotage budgétaire de la CINOP.

Je suis membre de la réserve citoyenne de défense et de sécurité auprès du gouverneur militaire de Paris.

Je suis également membre du Conseil départemental des anciens combattants des Hauts-de-Seine. Pour l’anecdote, je suis le plus jeune membre de l’assemblée, car l’âge moyen des membres du Conseil est proche de 80 ans. Cependant, les thèmes abordés me tiennent à cœur car, selon moi il est crucial d’avoir une mémoire collective à transmettre aux nouvelles générations.

Il y a des périodes où je n’ai pas assez de temps à consacrer à ces missions. Cependant, la qualité d’auditeur de ces institutions, lorsque vous manquez de temps, vous permet de facilement laisser la place à un confrère. Cela permet d’avoir des réflexions personnelles et d’être, effectivement, acteur de notre société.

Selon vous, les notaires ont-ils vocation à s’engager en politique et dans quel but ?

Nos études sont des caisses de résonance de la société. Par conséquent, l’engagement politique des notaires doit prioritairement servir la nation et les citoyens. Il arrive que certains responsables politiques perdent de vue qu’ils sont élus principalement au service de la France.

Nous possédons cette légitimité, car nous sommes présents sur le terrain et à l’écoute de nos clients. Nous observons les réactions des Français face à l’actualité. Cela se remarque notamment lorsque des décisions politiques ne rencontrent pas l’approbation générale. Au sein de nos études, les clients n’hésitent pas à donner leur avis sur telle ou telle mesure. Ils se permettent de parler parce qu’ils savent que nous sommes tenus au secret professionnel et que nous ne divulguerons rien.

On m’a déjà sollicité à plusieurs reprises pour m’investir en politique. Mais nous, notaires, sommes des dirigeants de petites entreprises qu’il faut faire fonctionner tous les jours. Dans le contexte actuel, nous devons rester vigilants, car nous traversons une crise depuis deux à trois ans. Je suis toujours aux commandes de mon étude et pour moi c’est crucial.

Quelle est votre analyse du déploiement de l’intelligence artificielle dans le notariat ?

Selon moi, cette rupture technologique constitue une avancée majeure pour la profession. En France, nous avons une longueur d’avance, étant les chefs de file mondiaux dans tous nos actes effectués à distance. Nous devons nous approprier ce sujet et devenir les meilleurs. Nous le serons car nous disposons d’une organisation nationale qui est dynamique et qui peut agir comme un relais à l’échelle mondiale. Le notariat français jouit en effet d’une grande écoute à l’échelle internationale.

Le CSN accorde une importance primordiale à ce que nous possédions nos propres serveurs, afin d’assurer la protection des données personnelles de nos clients.

Grâce à l’IA, nous serons en mesure de mieux conseiller nos clients, car de nombreuses tâches administratives seront effectuées de manière beaucoup plus rapide. Si nous avons accès à un système d’IA capable d’alimenter notre pensée juridique, je crois que c’est un excellent instrument. Pour ma part, je n’éprouve aucune hésitation à intégrer l’IA dans notre profession. La seule précaution à prendre concernera son usage. Il sera nécessaire d’établir les protections appropriées.

Dans le passé, quand nous recevions des documents en format papier, nous les lisions tous toujours avant de les classer dans nos dossiers. Il sera nécessaire que les jeunes confrères adoptent l’habitude de lire tous les documents avant de procéder à leur indexation dans les actes. Il ne sera en effet pas possible d’uniquement se fier à l’IA pour gérer les tâches administratives.

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