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Isabelle Decron-Lafaye : « Consolider notre Chambre et préparer le notariat aux défis numériques »

Isabelle Decron-Lafaye : « Consolider notre Chambre et préparer le notariat aux défis numériques »

Élue en mai 2025 à la présidence de la Chambre interdépartementale des notaires d’Atlantique-Poitou, Me Isabelle Decron-Lafaye succède à Me Lecomte dans un contexte immobilier en mutation. Entre ancrage territorial, ouverture d’un centre de médiation et réflexion sur l’usage de l’intelligence artificielle, elle expose ses priorités et revient sur les grands enjeux de la profession, de la famille au numérique.

Vous avez été élue présidente de la Chambre interdépartementale des notaires d’Atlantique-Poitou en mai 2025, pour un mandat de deux ans. Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui vous a poussée à accepter cette responsabilité ?

Isabelle Decron-Lafaye : Je suis notaire à Niort depuis 2002. J’ai toujours été impliquée dans la vie collective de la profession. J’ai d’ailleurs déjà exercé la présidence de la Chambre des notaires du Poitou (Vienne et Deux-Sèvres) il y a quelques années. J’ai donc assisté de près à la naissance de la Chambre interdépartementale, créée en 2023, dont Me Lecomte fut la première présidente.

Ce qui m’a motivée à accepter cette nouvelle responsabilité, c’est le sens du collectif, mais aussi l’ancrage local. La Chambre interdépartementale est une échelle essentielle entre nos offices et le Conseil supérieur du notariat (CSN), qui structure notre profession au niveau national.

La note de conjoncture immobilière fait état d’une remontée modeste du volume de transactions dans l’ancien depuis l’automne 2024. Qu’en est-il dans les quatre départements de votre ressort (Charente-Maritime, Vendée, Deux-Sèvres, Vienne) ?

I. D-L. : Notre territoire est contrasté, avec deux départements littoraux (Charente-Maritime et Vendée) et deux départements de l’intérieur (Vienne et Deux-Sèvres). Les dynamiques immobilières sont très différentes.

L’année 2023 avait marqué une baisse sensible des transactions, en ligne avec la tendance nationale. Deux secteurs ont particulièrement souffert en 2024 : le neuf, quasiment à l’arrêt, et les terrains à bâtir, en recul de près de 30 %.

Depuis le premier semestre 2025, nous observons un« atterrissage. L’activité se stabilise, avec une reprise progressive des projets, notamment du côté des professionnels. L’ancien résiste mieux : on relève une baisse de 7 à 12 % selon les départements, parfois jusqu’à 15 %, mais les primo-accédants représentent encore environ 30 % des acheteurs. Dans la Vienne et les Deux-Sèvres, ce sont surtout des maisons anciennes qui se vendent, tandis qu’en Charente-Maritime, la demande porte davantage sur les appartements.

Concernant le neuf, la reprise reste fragile. Les promoteurs exigent désormais des pré-commercialisations à hauteur de 50 à 60 % avant de lancer leurs programmes, ce qui conduit certains à abandonner leurs projets.

Le Congrès des notaires, consacré à la famille, a rythmé la rentrée de la profession. Quels enjeux vous paraissent les plus urgents à traiter ?

I. D-L. : Le Congrès est un moment essentiel, car il conjugue réflexion entre confrères et échanges avec des universitaires de haut niveau. Ses travaux donnent souvent lieu à des propositions de loi qui influencent durablement notre droit.

Le thème de la famille est au cœur de notre mission notariale. Plusieurs enjeux me semblent prioritaires : la reconnaissance des nouveaux formats familiaux, que le Congrès a appelé les « tribus », les familles recomposées, monoparentales, ou encore les familles dites « de cœur ». Nous devons réfléchir à la place du beau-parent, à la protection du conjoint ou du partenaire, et à l’adaptation du droit patrimonial à ces nouvelles réalités.

Un autre enjeu majeur est le vieillissement : comment accompagner la fin de vie conjugale, comment protéger le conjoint survivant et quel statut accorder aux aidants ? L’objectif est de mieux sécuriser toutes les étapes de la vie familiale, de la naissance à la transmission du patrimoine.

La Chambre interdépartementale d’Atlantique-Poitou est récente. Quels projets avez-vous engagés depuis votre élection ?

I. D-L. : Nos priorités sont triples. Ancrer la nouvelle Chambre : elle couvre un territoire important, avec 234 études et environ 180 000 actes par an. L’âge moyen des notaires y est de 46 ans. Nous devons consolider nos services, tant pour les confrères que pour les justiciables. Nous avons déjà renforcé notre service de déontologie.

Créer un centre de médiation : dès novembre vont être adoptés les statuts du centre de médiation qui sera opérationnel pour 2026. Ce centre permettra à chacun de pouvoir recourir à la médiation d’un notaire médiateur proche de chez lui. Dans chaque département de notre Chambre et nous avons prévu un accueil dédié au sein de la Chambre.

Accompagner la transition numérique : en lien avec le CSN, nous préparons un vaste chantier autour de la souveraineté numérique du notariat. L’objectif est de développer des plateformes sécurisées, indépendantes, et exclusivement dédiées à notre profession. Cela suppose des recrutements, notamment celui d’un chargé du numérique au sein de la Chambre, attendu pour fin 2025.

Enfin, un chantier d’avenir sera le bon usage de l’intelligence artificielle, dans le respect du secret professionnel et du RGPD. Cette évolution doit se faire progressivement, mais elle transformera en profondeur notre pratique.

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