Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ? Qu’est-ce qui vous a conduite à prendre la direction de la Chambre ?
Marie-Hélène Deheul-Milhem : J’ai 56 ans et suis originaire de la Somme. J’ai intégré une étude notariale du Nord-Pas-de-Calais en 1994 en tant que stagiaire que je n’ai plus quitté depuis. Notaire-associée depuis 2002, j’exerce aujourd’hui dans la même étude, avec plus de trente années de carrière derrière moi.
Dans notre profession, il est d’usage de rendre à la profession ce qu’elle nous a donné. C’est ce qui m’a amenée à m’investir, d’abord comme déléguée à la communication de la Chambre des notaires du Nord-Pas-de-Calais. La réforme a ensuite conduit au regroupement des chambres en structures interdépartementales. J’ai accepté d’en devenir vice-présidente, puis, en mai 2024, j’ai été élue présidente. C’est une fierté d’être la première femme à occuper cette fonction dans notre région, une évolution naturelle de mon parcours.
Depuis le 1er janvier 2025, la délivrance de l’apostille relève de la Chambre interdépartementale du Nord-Pas-de-Calais : comment exercez-vous cette mission et quels effets en observez-vous pour les clients et la profession notariale ?
M-H. D-M. : L’État a transféré aux notaires la mission de délivrance des apostilles, auparavant assurée par les cours d’appel. Après plusieurs reports, nous avons effectivement pris le relais le 1er mai pour les apostilles et le 1er septembre pour la légalisation. Notre Chambre fait partie des quinze centres d’apostille en France. Nous avons immédiatement reçu un volume important de demandes, mais avons pu résorber le retard grâce à une forte mobilisation.
La principale difficulté réside dans la base de signatures (maires, universités, greffiers, etc.), qui n’est pas encore totalement alimentée, ce qui empêche une dématérialisation complète du processus. Pour l’heure, nous travaillons donc de manière traditionnelle, à l’instar des cours d’appel auparavant. Malgré les travaux dans nos locaux, nous accueillons le public dans de bonnes conditions, et les retours sont globalement favorables. Nous attendons désormais que l’État finalise l’alimentation des bases afin de basculer pleinement vers le numérique.
Depuis votre élection, vous avez affiché votre volonté de développer un centre de médiation des notaires et de favoriser la formation des jeunes. Quelles actions concrètes avez-vous mises en place pour renforcer l’attractivité du métier et faciliter leur intégration dans les offices ?
M-H. D-M : Nous avons créé une bourse-stage en ligne, organisé des tables rondes et multiplié les actions auprès des écoles pour faciliter la mise en relation entre étudiants et offices. La conjoncture économique rend toutefois les choses plus difficiles.
À la rentrée, nous avons relayé les candidatures d’étudiants en recherche de stage directement auprès des confrères. Nous avons également engagé des discussions avec l’OPCO afin de mieux faire connaître les aides financières disponibles. Ce soutien économique peut s’avérer décisif pour inciter des offices à accueillir des jeunes.
Le marché immobilier montre des signes de reprise. Quelle est la situation dans le Nord-Pas-de-Calais ?
M-H. D-M : Le marché du neuf s’est brutalement arrêté fin 2022, en particulier dans les grandes villes comme Lille ou Arras. Le Pas-de-Calais, davantage tourné vers l’ancien, a ressenti le recul un peu plus tard. Globalement, la baisse a atteint environ 15 %, par rapport à la tendance nationale.
Depuis quelques mois, nous observons une stabilisation, mais la situation reste hétérogène : certains confrères du même arrondissement s’en sortent mieux que d’autres alors qu’ils exercent dans une même ville ou un même secteur. Pour les offices, cette contraction a eu des conséquences très concrètes, notamment en termes de volumes d’actes et donc d’activité. Certains confrères traversent des difficultés réelles, en particulier dans les secteurs les plus touchés par l’arrêt des chantiers.
Le 121ème Congrès des notaires s’est tenu à Montpellier sur le thème « Famille & créativité notariale : accompagner les tribus d’aujourd’hui », en quoi cet événement peut-il nourrir la réflexion des notaires du Nord-Pas-de-Calais ?
M-H. D-M : Le Congrès est toujours un moment fort, car il génère des propositions de loi. Au niveau régional, nous travaillons déjà à renforcer les liens entre professions du droit et du chiffre : experts-comptables, commissaires de justice, avocats. Avec ces derniers, nous avons par exemple organisé un atelier « Divorce », formation commune autour de la loi de justice patrimoniale. Ce rendez-vous, qui associait également des magistrats, a été un vrai succès.
Un dernier mot ?

M-H. D-M : Je suis heureuse de vous annoncer que le 122ème Congrès des notaires de France se tiendra à Lille, du 30 septembre au 2 octobre 2026, sur le thème : « Le notaire et l’impôt : Clarifier . Conseiller . Sécuriser ». Après l’édition de 2017, c’est à nouveau notre région qui accueillera la profession et ses partenaires, dans un esprit de convivialité et de partage. Je vous invite dès à présent à bloquer ces dates : nous vous attendons nombreux à Lille pour ce grand rendez-vous du notariat.
Propos recueillis par Christian-Olivier Kajabika
Rédaction du Village des Notaires et du Patrimoine