Les entreprises familiales en France
Les entreprises familiales représentent 71 % des entreprises françaises. Dans le détail, 68 % des PME, 73 % des ETI et 60 % des grands groupes sont des entreprises familiales.
Comptant pour deux tiers de la valeur ajoutée et des emplois, les entreprises familiales bénéficient d’un fort ancrage dans les territoires, sont porteuses d’innovation, soutiennent l’emploi local et sont plus résilientes face aux crises.
Cependant, elles doivent anticiper et gérer une étape majeure de leur cycle de vie, celle de leur transmission.
En effet avec le vieillissement progressif des entrepreneurs français, la moitié des entreprises familiales vont devoir être transmises dans les dix prochaines années.
La problématique de la transmission
Neuf dirigeants sur dix ont reçu leur entreprise des mains de la génération précédente et vont la transmettre à leur tour à la génération suivante. Ce choix devient quasi-systématique à la 3ème génération (96 %). Cette chaîne de transmission enclenche un cercle vertueux qui consolide l’entreprise au fil des générations et renforce son ancrage territorial.
Parmi les cédants, 83 % vont ainsi privilégier l’option intrafamiliale. Les enfants prendront directement la direction générale dans 47 % des cas.
Les dirigeants transmettent leur entreprise autour de 63-64 ans en moyenne, tandis que les receveurs prennent les rênes de l’entreprise à la quarantaine.
Les secteurs industriels et agroalimentaires affichent un taux de transmission intrafamiliale plus élevé que dans les entreprises de services (94 % contre 69 %).
La transmission, source de transformation stratégique et de développement économique
Le terme « transmission » est multifactoriel et de ce fait rend le processus complexe, puisqu’il désigne à la fois les titres de l’entreprise, le pouvoir opérationnel, la culture, les rituels et le nom.
La principale motivation partagée à la fois par les transmetteurs et les receveurs vise à assurer la pérennité de l’entreprise familiale dans le temps et la continuité de ses valeurs.
Au plan stratégique, les cédants souhaitent confier les rênes à une génération mieux connectée aux évolutions du marché et capable d’apporter à l’entreprise les transformations nécessaires (34 %).
En grande majorité, les receveurs souhaitent reprendre l’entreprise pour la faire évoluer (68 %) et relever un défi entrepreneurial (52 %).
Selon les parties prenantes au processus, la transmission a été vertueuse puisqu’elle a contribué à l’amélioration de la gouvernance, une orientation plus durable de l’entreprise, une meilleure image et un développement économique et stratégique.
La complexité des transmissions familiales
Plus de la moitié des personnes interrogées évoquent des obstacles juridiques, fiscaux et financiers sur le chemin de la transmission de leur entreprise. Ils citent ainsi des charges fiscales trop lourdes (32 %), une complexité juridique (22 %) et le risque économique pour l’entreprise (22 %).
La gestion de la charge émotionnelle du transmetteur apparaît tout aussi capitale dans le processus de transmission. En effet, plus d’un cédant sur deux craint de léguer un fardeau (54 %) et près d’un sur trois redoute des tensions familiales (31 %).
Les préoccupations sont largement partagées par les enfants, qu’il s’agisse du risque de conflits familiaux (50 %), de la crainte que le cédant ait des difficultés à lâcher les rênes (40 %), ou de l’incertitude économique (44 %).
Les enfants évoquent aussi la crainte de ne pas être à la hauteur des enjeux (50 %). Cela révèle l’un des principaux défis d’une transmission réussie : reprendre une entreprise familiale, c’est se forger une légitimité face aux autres membres de la famille, aux collaborateurs et au marché, et prendre la responsabilité de continuer à développer l’entreprise.
Les outils facilitant les transmissions familiales
Le pacte Dutreil est largement utilisé dans le cadre des transmissions familiales, surtout pour les entreprises réalisant un chiffre d’affaires de plus de 200 millions d’euros.
Le pacte est un outil fiscal incontournable et protecteur pour l’entreprise familiale qui met la famille actionnaire à l’épreuve du temps. Il évite une charge fiscale dissuasive au moment de la transmission et in fine la vente partielle ou totale de l’entreprise à des tiers.
Dans ce cadre, la donation, souvent sous forme de donation-partage, est la voie de transmission la plus courante. Cette formule est particulièrement appréciée pour assurer une égalité de traitement entre les enfants grâce à un cadre juridique clair.
76 % des cédants prennent directement en charge les droits de donation dans le cadre d’une transmission familiale.
L’importance de la gouvernance
Dans neuf cas sur dix, une gouvernance d’entreprise a été mise en place, le plus souvent sous forme de conseil d’administration et/ou de comité de direction.
L’impact principal de la gouvernance d’entreprise porte sur l’efficacité des décisions
stratégiques mais elle a aussi un impact sur le choix du successeur et la fluidité du processus de transmission.
La holding représente le mode de gouvernance choisie par les familles dans 39 % des cas.
Lorsqu’elle est mise en place, la gouvernance familiale exerce un impact positif majeur sur le processus de transmission et contribue à apaiser les tensions entre les membres de la famille.
Pour aller plus loin :
Consulter le baromètre EY de la transmission des entreprises familiales.
Axel Masson
Rédaction du Village des Notaires et du Patrimoine