Un patrimoine professionnel exposé, où chaque imprécision devient un risque majeur
Chez la plupart des entrepreneurs, l’essentiel de la valeur ne se trouve plus dans la pierre. Les immeubles restent présents, certes, mais ils pèsent bien moins que les titres de sociétés, les créances liées à l’exploitation, les comptes courants d’associés, les portefeuilles boursiers ou les éléments immatériels sur lesquels repose l’activité. Or ce sont précisément ces biens qui se révèlent les plus vulnérables. La simple signature d’une caution personnelle, parfois insérée dans un dossier de financement sans réelle discussion, suffit à rendre inopérante la séparation des patrimoines prévue par le statut d’entrepreneur individuel.
Dans la pratique, les créanciers n’ont aucune difficulté à appréhender les titres sociaux. Les statuts peuvent contrôler l’identité du futur associé, mais ils n’empêchent pas la mise en vente forcée. Un dirigeant qui pense encore qu’une clause d’agrément le met à l’abri ignore souvent la mécanique de l’exécution forcée. Et lorsque les statuts ne « dialoguent » pas bien avec un pacte d’associés ou avec des conventions intragroupe anciennes, les risques d’incohérences se multiplient. Les notaires le savent, les contentieux n’apparaissent pas d’un coup, ils sont presque toujours la conséquence de textes mal articulés.
Les comptes courants d’associés cristallisent une autre vulnérabilité. Ils sont utilisés comme des tiroirs caisses, alimentés ou vidés selon les besoins du moment, sans qu’une convention précise encadre vraiment leur régime. Les juridictions, lorsqu’elles examinent ces flux, ne se contentent plus de la forme. Elles scrutent la réalité économique. Si les frontières entre finance personnelle et finance sociétaire se floutent, la confusion de patrimoines n’est jamais loin, ce qui suffit à étendre la responsabilité du dirigeant au-delà de ce qu’il croyait possible.
Les actifs incorporels sont, eux, encore plus exposés. Fichiers clients, catalogues numériques, licences, droit sur un signe distinctif ou même sur un nom commercial, autant d’éléments dont la valeur n’est plus à démontrer mais dont la protection reste dérisoire. Dans les groupes familiaux, où plusieurs sociétés sont constituées autour d’une même activité, il arrive fréquemment que… cliquez ici pour lire la suite de l’article gratuitement sur le Journal du Village des Notaires n°110.
Ferroudja Saidoun
Village des Notaires et du Patrimoine