Une progression des dons directs si faible qu’elle semble marquer un palier historique
Les données publiées par France générosités dans son Baromètre 2024, dévoilé en juin 2025, laissent peu de place à l’interprétation. Les dons des particuliers hors libéralités n’ont augmenté que de 1,9 % entre 2023 et 2024. Il s’agit d’une des croissances les plus faibles enregistrées depuis près de vingt ans. Cette quasi-stagnation ne peut être dissociée de la pression que l’inflation fait peser sur les ménages.
Le recul continu des petits dons raconte, à lui seul, une histoire plus profonde. Les contributions inférieures à 150 euros ont diminué de 3,6 % en 2024. Elles représentaient 69 % de l’ensemble des dons en 2005, contre moins de 40 % aujourd’hui. Cette bascule est lourde de sens. Les petits donateurs, longtemps nombreux et réactifs aux grandes campagnes nationales, ne jouent plus le même rôle. Cette évolution n’est pas seulement comptable, elle touche au cœur du pacte social qui liait spontanément une large partie de la population aux associations.
Face à ce recul, d’autres formes de générosité prennent le relais.
Le prélèvement automatique progresse encore, de 4,4 % en 2024, pour atteindre 45 % de la collecte totale. À titre de comparaison, il ne représentait qu’environ 20 % au milieu des années 2000. Cette régularité nouvelle reflète un engagement plus posé, plus réfléchi. Les donateurs ne se mobilisent plus nécessairement sur un coup de cœur, mais s’inscrivent dans une logique de soutien continu, parfois durable.
La montée des dons en ligne poursuit la même tendance. Les dons ponctuels effectués par voie numérique ont augmenté de 8,4 % en 2024 et représentent désormais un tiers de la totalité des dons ponctuels. Ce chiffre atteste d’un changement structurel dans la manière de contribuer, même si le numérique n’a pas pour autant réussi à enrayer l’érosion des petits dons.
L’ensemble compose une photographie contrastée. Les Français n’abandonnent pas la philanthropie, loin de là, mais ils la réorganisent. L’élan spontané cède du terrain au geste régulier. La foule des petits donateurs se réduit, tandis qu’un noyau stable continue de soutenir les associations. Cette recomposition nuance l’image souvent idéalisée d’une générosité portée collectivement par une majorité de citoyens.
Quand la philanthropie se joue aussi au moment de la succession : l’essor solide des libéralités
Dans cet environnement où les dons directs avancent à petits pas, les libéralités constituent presque l’exact inverse. Elles progressent, se stabilisent et, surtout, deviennent un levier financier essentiel pour un grand nombre d’organisations.
Selon les données du Panorama national des générosités publié par France générosités, les legs, les donations et les assurances vie représentent chaque année… cliquez ici pour lire la suite de l’article gratuitement sur le Journal du Village des Notaires n°110.
Ferroudja Saidoun
Village des Notaires et du Patrimoine