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![]() Prestation compensatoire, régime matrimonial et disparité de patrimoine des époux
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Parution : lundi 25 août 2025
Adresse de l'article original :
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En application des articles 270 et 271 du Code civil, l’un des époux peut être tenu de verser à l’autre une prestation destinée à compenser, autant que possible, la disparité que la rupture du mariage crée dans les conditions de vie respectives. Pour déterminer le montant de cette prestation, le juge prend notamment en considération « le patrimoine estimé ou prévisible des époux, tant en capital qu’en revenu, après la liquidation du régime matrimonial ». Quelle est l’incidence du régime matrimonial sur l’appréciation in concreto de ce patrimoine ? Quelle est l’importance de prendre conseil avant l’union ?
Comme je l’ai indiqué dans cet article Prestation compensatoire : durée du mariage et notion de disparité, la durée du mariage, citée en premier à l’article 271 du Code civil, est en pratique le critère le plus important pris en compte par les juges aux affaires familiales pour déterminer le montant de la prestation compensatoire. Ainsi, de nombreuses décisions soulignent que les juges prennent prioritairement en compte cette durée du mariage pour fixer le montant de cette prestation. Ainsi, une durée de mariage inférieure à 8 ans est jugée « courte » ou « très courte », étant précisé que dans les jugements accordant une prestation compensatoire, la durée moyenne du mariage est de 20 ans.
Qu’en est-il du critère tenant à la disparité de patrimoines (mobilier/immobilier) et de revenus entre les époux ? Ce critère paraît moins important que celui de la durée du mariage, l’estimation des patrimoines pouvait être réalisée de manière « sommaire » [1].
Cette disparité de patrimoines sera appréciée par les juridictions à l’aune de deux paramètres importants :
Les juridictions du fond font régulièrement application de cette jurisprudence, comme l’illustrent ces trois décisions :
En outre, dans le cas où le divorce entraîne la dissolution d’une famille recomposée, les juridictions veillent à ne pas léser les enfants issus de la première union. Or, le versement d’une prestation compensatoire peut, dans certains cas, causer un préjudice financier aux enfants du parent débiteur, qui ont vocation à se voir transmettre son patrimoine, soit par des donations de son vivant soit lors de son décès. La jurisprudence protège ainsi, en pareil cas, les intérêts patrimoniaux des enfants issus de la première union, surtout lorsque le second mariage a été de courte durée : « Considérant qu’au regard de ces éléments et notamment de la durée très réduite de la vie commune, du choix opéré librement par les époux de contracter un régime de séparation des biens permettant notamment à H Y de préserver les intérêts de ses enfants (…) il convient de confirmer la décision du premier juge qui a refusé d’accorder à l’appelante une prestation compensatoire » [6].
Ces décisions illustrent la nécessité, avant de contracter un mariage, d’analyser tous les aspects financiers, présents et futurs, même si les époux ont, par définition, du mal à se placer dans une perspective de séparation…
Plus largement, le manque d’information préalable à l’installation d’un couple a aujourd’hui de nombreuses conséquences patrimoniales et parentales qui aggravent les conflits. Il apparait indispensable d’être éclairé par un professionnel du droit pour mieux choisir son système conjugal (concubinage, pacs, mariage), son régime matrimonial, voire anticiper certaines mesures financières, protectrices de l’un comme de l’autre, qui pourraient être prévues en cas de décès ou de séparation.
L’information préalable à l’union (IPU) est un exemple concret de ce que peuvent offrir les avocats en droit de la famille en matière de conseil et est insuffisamment connue du grand public.
Après avoir fait un bilan de leur situation, de leurs préoccupations et de leurs aspirations avec les deux conjoints sur les aspects patrimoniaux et parentaux de leur projet de couple, ils leur apportent des pistes pratiques et théoriques sur ce qui peut être mis en place dans leur cas précis à court, moyen et long terme. L’IPU est peu onéreuse (le prix d’une consultation) et permet d’éviter bien des désagréments par la suite.
Il serait d’ailleurs intéressant que cette information préalable à l’union devienne obligatoire dans le cadre d’un pacs ou d’un mariage et puisse donner lieu à un abattement fiscal comme outils de prévention des conflits conjugaux.
Article initialement publié sur le Village de la Justice.
[1] Cour de cassation, civile, Chambre civile 1, 28 février 2018, 17-10.529.
[2] Chambre civile 1, 8 juillet 2015, 14-20.480, Publié au bulletin.
[3] TGI Nanterre, JAF, cab. 1a, 24 sept. 2007, n° 03/13809.
[4] CA Colmar, 5 octobre 2021, 19/03581 ; durée du mariage de 5 ans et demi.
[5] CA Nîmes, 3e ch. famille, 7 déc. 2016, n° 15/03930.
[6] CA Versailles, 2e ch. 1re sect., 17 déc. 2015, n° 14/08693.